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Thinking of suicide? Contact the 9-8-8 crisis line
ACSM Filiale de Montréal
8 octobre 2026
Article basé sur le savoir expérentiel de Caroline Mfuta

Crédits : Visuallys / Équipe Visuallys IA Hiver-Printemps 2023 avec Midjourney
Quand on m’a demandé d’écrire sur la santé mentale des nouvelles mamans et le post-partum, j’avoue que je ne savais pas trop quoi dire. On parle souvent des beaux moments de la grossesse et du bonheur d’avoir un enfant mais peu du sentiment de solitude, voire même de la détresse psychologique, que certaines femmes peuvent vivre au cours de cette période de grands bouleversements. Je me suis finalement dit que la meilleure façon d’aborder ce sujet était tout simplement de raconter ce que j’ai vécu. Et de parler de ces difficultés qu’on ne nomme pas, parce qu’on peut se sentir coupable de les ressentir alors même que l’arrivée d’un enfant est une si grande joie.
Pendant longtemps, j’ai essayé de tout gérer seule. Je voulais être présente partout, répondre aux attentes et continuer comme avant. Mais il n’y a plus »d’avant ». Avoir un enfant, devenir mère nous transforme complètement.
Puis est arrivé ce mur : le moment où j’ai dû m’arrêter pour éviter que les choses n’empirent.
Être maman, c’est souvent essayer de jongler avec plusieurs rôles en même temps, tout en ayant l’impression de ne rien faire parfaitement. Pour moi, c’était vouloir continuer à allaiter malgré l’épuisement causé par les réveils fréquents de mon fils qui, à près de deux ans, ne faisait toujours pas ses nuits.
C’était aussi trouver l’énergie de travailler et d’être performante malgré le manque de sommeil, parce que j’aime mon travail et que je voulais continuer à donner le meilleur de moi-même. Je voulais aussi continuer à avoir une vie sociale, mais je manquais souvent de temps ou d’énergie. J’annulais des sorties et, peu à peu, certaines amies ont fini par ne plus m’inviter. Prendre soin de ma relation avec mon mari était également une de mes préoccupations, mais j’étais constamment épuisée.
Au milieu de tout cela, j’essayais encore de trouver un peu de temps pour moi. Une marche, une séance d’activité physique, un repas seule au restaurant, un moment de recueillement, ou simplement quelques minutes pour respirer.
Puis il arrive ce moment où le corps dit « stop ». On comprend qu’il faut prendre certaines décisions pour aller mieux pour éviter l’effondrement.
Quand je suis allée voir une travailleuse sociale parce que je n’en pouvais vraiment plus physiquement et émotionnellement, j’ai découvert quelque chose que je ne savais pas, ou que je savais à moitié, parce qu’aucune autre femme autour de moi n’en parlait : je n’étais pas seule. Beaucoup d’autres mères vivaient exactement les mêmes difficultés que moi. Pour la première fois depuis longtemps, je me suis sentie normale, sans avoir peur d’être jugée.
Aujourd’hui, ces rencontres, que ce soit avec la travailleuse sociale ou le groupe d’entraide entre mères, sont devenues de véritables espaces de ressourcement pour moi. Et même lorsque j’ai dû annuler un rendez-vous parce que j’étais trop fatiguée, ma travailleuse sociale a su m’accueillir avec compréhension et bienveillance.
Le soutien ne vient pas seulement des professionnels. Ma mère est venue de la République Démocratique du Congo pour m’aider. Mon mari passe une grande partie de ses fins de semaine avec notre fils pour que je puisse me reposer. Je culpabilise encore parfois de ne pas passer ce temps avec lui, mais j’essaie de me rappeler que me reposer est essentiel pour être une bonne mère. Ma belle-sœur est souvent allée chercher mon fils à la garderie. Ma grande sœur, qui est passée par là avant moi, m’aide aussi beaucoup. Je me confie souvent à elle, car elle est une oreille attentive et rassurante.
Mes amies ont aussi été très présentes. Elles ont pris le temps de m’écouter et de chercher avec moi des solutions pour m’aider à aller mieux.
Mes chères collègues ont toujours fait preuve de beaucoup de compréhension et d’attention envers moi. Ma directrice comprend la réalité de chacune et sait s’y adapter. Elle ne m’a jamais fait sentir mal d’avoir un horaire plus flexible en raison de ma situation. Avoir un environnement de travail sain qui se soucie du bien-être de chaque personne dans l’équipe et une direction aussi humaine m’aide énormément à traverser cette épreuve.
La spiritualité a aussi occupé une place très importante dans ce grand bouleversement. Même si elle peut se vivre de façon très personnelle et intime, elle peut aussi nous relier aux autres, notamment à travers une communauté ou un lieu de rassemblement. Pour ma part, elle m’a aidée à traverser les moments les plus difficiles, à trouver la force de continuer et à me sentir moins seule. Je me suis beaucoup appuyée sur mes croyances, qui m’ont apporté du réconfort, de l’espoir et un sens à ce que je vivais. Aujourd’hui encore, je vois la présence de mon enfant comme une grande bénédiction dans ma vie.
Maintenant, mon fils a deux ans. Quand je regarde tout ce que j’ai traversé, je suis fière du chemin parcouru. Je célèbre les petites victoires, les moments difficiles que j’ai réussi à traverser, et toutes les fois où j’ai continué malgré l’épuisement, les doutes, les remises en question sur ma capacité à être là pour mon enfant.
À toutes les mamans qui vivent quelque chose de semblable, j’aimerais vous dire ceci : c’est normal de se sentir dépassée. Cela ne fait pas de vous une mauvaise mère. Chercher du soutien autour de soi n’est pas un signe de faiblesse.
Aujourd’hui, je comprends que prendre soin de ma santé mentale, c’est aussi prendre soin de moi comme femme, dans toutes les nouvelles facettes de ma vie. N’hésitez pas à chercher du soutien : avec de l’aide, de l’écoute et du temps, il est possible de retrouver peu à peu son équilibre.
Article écrit par Caroline Mfuta, reponsable aux formations à l’ACSM Filiale de Montréal
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